Portrait de Elen Eugénie HERVOCHON

Elen Eugénie HERVOCHON

Un chemin fait de portes claquées, de corps écoutés et de volets qu'on apprend enfin à ouvrir.

Ce qui me définit

Adjectifs

Persévérante, sensible, décalée, honnête, curieuse, résiliente, discrète, créative

Mes valeurs

L'authenticité, la liberté, la patience envers soi-même, la reconnexion au corps, la transmission, la joie dans les petites choses

Si tu te demandes qui je suis avant de savoir ce que je fais, tu es au bon endroit. Je m'appelle Elen, j'ai grandi en banlieue parisienne dans une famille où il ne fallait pas faire de bruit, j'ai passé des décennies à me retrouver là où personne ne m'attendait, et j'ai mis très, très longtemps à comprendre que c'était peut-être exactement là que j'étais censée aller. Ce que tu vas lire, c'est mon chemin — pas celui que j'avais prévu, mais celui que j'ai fini par choisir.

Chapitre I

La petite fille qui n'avait pas la bonne taille pour son monde

BD chapitre 1

Je suis née en octobre, ce qui veut dire que j'avais déjà un léger désavantage dans les classes, et en plus de ça j'avais deux ans d'avance scolaire. Quand je suis entrée au lycée, j'avais 12 ou 13 ans et j'étais entourée d'élèves qui en avaient 16 ou 17. C'était violent, en fait, même si je n'aurais pas utilisé ce mot à l'époque parce que je ne savais pas encore nommer les choses comme ça.

Je grandissais dans un appartement au quatrième étage, une chambre partagée avec ma sœur, des parents nés en 1941 et 1945 qui avaient une éducation très stricte — il ne fallait pas faire de bruit, pas sauter, pas crier, pas prendre trop de place. Mon frère et ma sœur avaient sept et neuf ans de plus que moi, et j'étais un peu la petite dernière qui observait tout ça de loin, sans vraiment trouver sa place nulle part. Arriver dans un grand lycée parisien après une petite école, avec mon gabarit de gamine et ma timidité qui me collait à la peau comme une deuxième couche de vêtements, c'était l'enfer. Je me souviens de ces couloirs immenses, de ce bruit constant, de cette sensation d'être complètement transparente ou au contraire beaucoup trop visible selon les moments, et dans les deux cas de ne pas savoir quoi faire de moi-même.

Malgré tout ça, il y avait quelque chose qui résistait en moi. Je rêvais de faire du théâtre. Je ne sais pas exactement pourquoi, peut-être justement parce que c'était l'endroit où on avait le droit d'exister fort, de prendre de la place, de faire du bruit — l'opposé exact de tout ce qu'on m'avait appris à être. C'est peut-être là que tout a commencé, cette tension entre ce qu'on t'apprend à être et ce que tu sens que tu es vraiment, parce que sortir des cases du système — que ce soit par le haut ou par le bas — ça peut transformer une enfance en parcours du combattant, et ça laisse des traces qui mettent des années à se démêler.

La morale

Grandir décalée du monde t'apprend, lentement, que ta différence n'est pas un défaut mais une direction.

Chapitre II

Rejetée de partout, et puis finalement... le chinois

BD chapitre 2

J'ai eu mon bac à 15 ans. Ça paraît bien dit comme ça, mais ce qui a suivi était loin d'être glorieux. J'avais un rêve assez précis : faire de l'hôtellerie, du tourisme, quelque chose qui ressemblait à une direction claire. Et je me suis pris porte après porte dans la figure. Toutes les filières que je visais me refusaient, et le pire c'est que ce n'était pas juste des lettres de refus impersonnelles — il y a eu ce directeur d'une école privée qui m'a reçue, qui a regardé mon dossier, et qui a ri. Pas un petit sourire gêné. Il a ri et m'a dit qu'il ne pouvait pas me présenter à un employeur. J'avais 15 ans, j'étais assise en face de lui, et je me souviens encore de cette sensation dans la poitrine, ce mélange de honte et de colère froide qu'on n'ose pas montrer à cet âge-là.

Je me suis donc retrouvée à l'Inalco presque par hasard, dans une file d'attente, à m'inscrire en chinois-commerce parce que c'était là, parce que c'était possible, parce que je ne savais plus quoi faire d'autre. En parallèle, j'ai enfin commencé le théâtre, au cours Florent, parce que ce rêve-là ne m'avait pas quittée. Sauf que sur scène, j'étais prise de fous rires nerveux complètement incontrôlables. À chaque fois que je montais, c'était la même chose — pas de la joie, mais de la panique qui sortait par le rire. C'était très compliqué à vivre parce que je voulais tellement être là, et mon corps faisait exactement l'inverse de ce que je lui demandais.

Cinq ans plus tard, en 2006, je suis entrée à la Société Générale comme gestionnaire de position de trésorerie à Fontenay-sous-Bois. Un travail alimentaire, comme on dit. Et au bout de deux ans et demi, je prenais le RER le matin en pensant à passer dessous. C'est là que j'ai compris, dans le froid des quais de banlieue, que ce qu'on croit être un détour — l'Inalco, le chinois, la banque — c'est parfois le seul chemin qui existe vraiment, même si sur le moment on n'y voit aucun sens.

La morale

Les refus et les détours imposés peuvent mener exactement là où tu devais aller sans le savoir.

Chapitre III

Dix ans à persister quand personne ne misait sur moi

BD chapitre 3

J'ai quitté la banque et j'ai décidé de faire du chant lyrique. Je sais que ça peut paraître un pivot de carrière inattendu, mais c'est ce que j'ai fait. Je travaillais à temps partiel en conciergerie d'entreprise pour payer les factures, et j'ai intégré l'École Normale de Musique de Paris. Pendant près de dix ans, personne ne misait vraiment sur moi. Ni les profs, ni les jurys. Je n'étais pas celle sur qui on pariait — ça se sentait dans les regards, dans la façon dont on te parle ou dont on ne te parle pas, dans les élèves qu'on choisit pour les concerts importants et ceux qu'on laisse de côté.

Et puis il y a eu ce moment, en plein concours, où une ancienne professeure de chant m'a regardée et m'a dit — et je me souviens très précisément du ton, parce que ce genre de phrase s'imprime quelque part pour longtemps — "Ma pauvre chérie, tu n'as pas du tout évolué." Le milieu du chant lyrique a un ego et une toxicité qui peuvent être très violents, et quand tu es déjà quelqu'un qui a grandi en apprenant à ne pas prendre de place, ça renforce exactement les mauvaises choses.

Ce qui a tout changé, c'est la rencontre avec Coralie Cousin, une kinésithérapeute spécialisée pour les musiciens. Elle a travaillé avec moi sur le corps, la posture, la connexion entre ce que je voulais faire et ce que mon corps faisait réellement. Quelque chose s'est débloqué — pas d'un coup, pas comme par magie, mais progressivement, comme si on avait enfin trouvé la bonne porte dans une maison dont j'avais essayé toutes les fenêtres. En 2015, j'ai obtenu mon diplôme de solfège et mon diplôme de chant lyrique de l'École Normale. C'était une grande fierté, peut-être d'autant plus grande que personne n'avait vraiment cru que j'y arriverais. Et c'est pour ça que je sais aujourd'hui, dans ma façon d'accompagner les autres, que persister quand personne ne croit en toi c'est épuisant et douloureux — mais c'est précisément ce chemin-là qui te donne ensuite toutes les clés pour comprendre ce que vivent ceux qui galèrent.

La morale

Persister sans validation extérieure est épuisant, mais c'est ce chemin qui te donne les vraies clés pour accompagner les autres.

Chapitre IV

Quand le corps dit stop, il a toujours raison

BD chapitre 4

Après mes diplômes, j'enchaînais les remplacements dans jusqu'à trois conservatoires simultanément, je faisais trois à quatre heures de transport par jour, et je vivais depuis seize ans dans un studio de trente mètres carrés avec ma harpe, mon piano et un clic-clac. Trente mètres carrés, une harpe, un piano, et moi. J'avais une stabilité financière qui n'existait pas vraiment, je logeais à titre gracieux, et je continuais quand même, parce que c'est ce qu'on fait quand on ne sait pas encore qu'on a le droit de s'arrêter.

J'avais eu un coup de foudre pour la Bourgogne en allant voir une amie, et en 2019 j'ai décidé de déménager. J'ai trouvé ma maison en août 2020 et je m'y suis installée en juillet 2021 — c'était la première fois de ma vie que je me sentais chez moi quelque part. Mais même là, j'ai continué à faire sept cents à neuf cents kilomètres par semaine en voiture pour aller travailler à Paris, et j'ai accepté un poste à Pontarlier, à trois heures de route, en travaillant sept jours sur sept.

Fin 2022, mon corps a lâché. Vertiges intenses, brancard aux urgences, premier vrai arrêt maladie de ma vie. Un eczéma sur les mains depuis quatre ans déjà, tellement sévère que je ne pouvais plus me laver, plus faire à manger, plus toucher l'eau sans douleur. Une opération chirurgicale. Des problèmes financiers graves. Et en juin de cette période, j'ai frôlé quelque chose que j'appelle un faux suicide — j'étais au plus bas, vraiment au plus bas. C'est mon frère et ma sœur qui ont été là, et c'est aussi à ce moment-là que j'ai commencé à publier mes premiers livres illustrés en autoédition, parce que j'avais compris une chose : je n'allais pas attendre le feu vert de personne pour exister. J'ai fait de l'hypnose, du shiatsu, de la kinésiologie, de la géobiologie, des constellations familiales. Le long chemin de guérison. Et ce que j'ai compris à travers tout ça, c'est que quand le corps dit stop, c'est qu'il était le seul à avoir compris depuis longtemps ce que la tête refusait d'entendre.

La morale

Quand le corps s'effondre, c'est qu'il portait depuis longtemps ce que la tête refusait d'entendre.

Chapitre V

Apprendre à ouvrir les volets le matin

BD chapitre 5

En 2019, j'ai dit pour la première fois que je commençais à apprécier la vie. Je sais que ça peut paraître une petite phrase anodine, mais pour moi c'était énorme, parce que la plus grande partie de ma vie j'avais plutôt voulu que tout se finisse. Et quand cette phrase est sortie, j'ai su que quelque chose avait vraiment changé.

Aujourd'hui je vis dans une grande maison en Bourgogne entourée de champs. J'ai découvert la nature d'une façon qui me semblait presque naïve au début — des framboisiers qui poussent tout seuls sans que personne ne leur demande, un figuier qui donne des figues généreusement chaque automne, la lune qui éclaire la nuit tellement fort qu'on n'a pas besoin de lampe. J'avais 40 ans passés et je découvrais des choses que les gens de la campagne savent depuis l'enfance, et en fait je m'en fiche complètement, parce que les découvrir tard c'est quand même les découvrir. Depuis 2024, j'enseigne au conservatoire de Vichy à mi-temps, j'organise mes cours particuliers, je donne des concerts dans la région, j'anime des ateliers d'écriture, et je continue à publier mes livres illustrés.

La joie, maintenant, elle est dans les petites choses. Mon chat. Les volets qu'on ouvre le matin et la lumière qui entre. Les figues du jardin. C'est en 2017 que pour la première fois je me suis reconnue sur une photo — pas reconnue au sens littéral, mais reconnue au sens de "ah, c'est moi, et ça ne me dérange pas". C'était une étape, peut-être même l'une des plus importantes. On n'a pas besoin d'une vie extraordinaire pour être heureux — il suffit parfois d'ouvrir les volets le matin et de voir son chat.

La morale

La joie n'exige pas une vie extraordinaire — elle commence avec la lumière du matin et un chat.

Si tu as lu jusqu'ici, tu sais maintenant que je ne suis pas quelqu'un qui a eu un parcours lisse et qui te vend une méthode en cinq étapes. J'ai galéré longtemps, dans beaucoup de directions différentes, et c'est précisément pour ça que je sais reconnaître ce que ça fait de persister quand personne ne croit en toi, de chercher ta place sans la trouver, de vouloir créer sans savoir par où commencer.

Ce que je t'apporte, c'est tout ça — la musique, l'écriture, les années d'école et de scène et de corps qui lâche et de reconstruction — mis au service de ce que tu veux construire, toi. Si tu veux qu'on en parle, je suis là.

Elen

Mon histoire en images

Bande dessinée complète — Elen Eugénie HERVOCHON

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www.elenhervochon.com